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Dans le cadre de la loi

Tout arrêter.Grève, boycott, journée morte : faire blocage sans rien enfreindre

Un pays ne s'arrête pas parce qu'on barre une route : il s'arrête quand ceux qui le font tourner cessent de travailler et d'acheter. Ça, c'est un droit. Ce guide explique comment l'exercer sans s'exposer — et pourquoi le barrage, lui, ne l'est pas.

Lecture : 15 min Références légales citées Libre de reproduction Mis à jour en octobre 2026
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Le principe : se retirer plutôt qu'empêcher

Le mot « blocage » recouvre deux choses que la loi traite de façon opposée.

Empêcher les autres — interdit

Barrer une route, un dépôt, un rond-point, une gare ; bloquer l'entrée d'une entreprise, d'un lycée, d'une université ; empêcher quelqu'un de travailler. C'est imposer son choix à d'autres, et c'est puni.

Retirer sa participation — protégé

Arrêter de travailler (la grève), arrêter d'acheter (le boycott), se rassembler dans un cadre déclaré, le faire savoir. Chacun décide pour lui-même. C'est l'exercice de libertés garanties.

La seconde forme est aussi la plus efficace. Une économie tient par le travail et la consommation : quand une part significative des deux s'arrête le même jour, l'effet dépasse celui de n'importe quel barrage, sans qu'aucun participant ne commette d'infraction. Le nombre fait le poids, pas le risque pris.

Ce guide ne vous dit pas pour quoi vous mobiliser, ni de le faire. Il décrit ce que la loi permet, ce qu'elle interdit, et comment ne pas confondre les deux.


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Ce que la loi interdit, et ce que ça coûte

À connaître précisément, parce qu'une action « symbolique » peut tomber sous ces textes sans que ses participants le sachent.

Ce qu'on faitTextePeine maximale
Placer un obstacle sur une voie ouverte à la circulation, ou employer un moyen quelconque pour l'entraver — y compris des personnes assises sur la chausséeCode de la route, art. L412-12 ans d'emprisonnement, 4 500 € d'amende, suspension possible du permis
Entraver de façon concertée, avec menaces, la liberté du travail, de réunion ou de manifestation — un piquet qui empêche d'entrer, par exempleCode pénal, art. 431-11 an, 15 000 € ; 3 ans et 45 000 € s'il y a violences, voies de fait ou dégradations
Pénétrer ou se maintenir sans habilitation dans un établissement scolaire pour en troubler le fonctionnementCode pénal, art. 431-221 an, 7 500 €
Organiser une manifestation sur la voie publique sans l'avoir déclarée, ou après interdictionCode pénal, art. 431-96 mois, 7 500 €
Dégrader un bien — y compris un véhicule, un engin ou du mobilier utilisé pour bloquerCode pénal, art. 322-12 ans, 30 000 €
Afficher en dehors des emplacements autorisésCode de l'environnement, art. L581-4 et suivantsAmende administrative et pénale
Le piège du nombre

Être nombreux ne rend pas un barrage légal, et ne protège pas individuellement : chaque personne présente sur la chaussée peut être poursuivie pour sa propre participation. Une manifestation déclarée peut emprunter la chaussée, sur le parcours accepté par la préfecture ; un rassemblement non déclaré qui s'installe sur une route, non.

Et au travail

Même pendant une grève licite, empêcher les non-grévistes de travailler, occuper les locaux au point de bloquer l'activité ou dégrader l'outil de travail est un abus du droit de grève. La chambre sociale de la Cour de cassation l'analyse de façon constante comme une faute lourde possible, la seule qui autorise un licenciement pour fait de grève.


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La grève : un droit constitutionnel, avec un mode d'emploi

« Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent » — alinéa 7 du préambule de la Constitution de 1946, toujours en vigueur.

Ce qu'est une grève, en droit

La jurisprudence retient trois conditions cumulatives : un arrêt total du travail (ralentir n'est pas faire grève), collectif et concerté, pour appuyer des revendications professionnelles connues de l'employeur. Salaires, conditions de travail, emploi, retraites : tout ce qui touche à la condition de salarié entre dans ce champ. Une grève purement politique, sans lien avec cette condition, n'est pas protégée dans le privé.

Dans le secteur privé

  • Pas de préavis obligatoire et pas besoin d'appel syndical : deux salariés qui cessent ensemble le travail suffisent. Un salarié seul peut faire grève s'il suit un mot d'ordre national.
  • L'exercice du droit de grève ne peut justifier ni licenciement, ni sanction, ni mesure discriminatoire, sauf faute lourde (code du travail, art. L2511-1). Un licenciement prononcé pour fait de grève sans faute lourde est nul.
  • Le salaire est retenu au prorata exact du temps d'arrêt. Une retenue supérieure est une sanction pécuniaire, interdite.
  • Vous n'avez pas à prévenir votre employeur à l'avance, mais il doit connaître les revendications au moment de l'arrêt.

Dans les services publics

QuiRègle particulièreTexte
Fonctionnaires, agents publics, salariés d'entreprises chargées d'un service publicPréavis déposé par un syndicat représentatif, 5 jours francs avant, indiquant le motif, le lieu, la date et la duréeCode du travail, art. L2512-2
Transports terrestres réguliers de voyageursDéclaration individuelle d'intention 48 heures avantCode des transports, art. L1324-7
Enseignants du premier degréDéclaration individuelle 48 heures avant, pour l'accueil des élèvesCode de l'éducation, art. L133-4
Fonction publique d'ÉtatRetenue d'un trentième du traitement par jour, même pour un arrêt plus courtLoi n° 61-825 du 29 juillet 1961, art. 4
Militaires, policiers, magistrats, personnels pénitentiairesDroit de grève exclu par leur statutStatuts particuliers

Ce qui n'est pas une grève

  • La grève du zèle ou le travail au ralenti : ce n'est pas un arrêt total, donc pas une grève. L'exécution volontairement défectueuse du travail peut être sanctionnée.
  • La « grève » des étudiants et des lycéens : ils ne sont pas salariés, aucun droit de grève ne les couvre. Ne pas aller en cours est une absence ; bloquer l'établissement tombe sous l'article 431-22. Une assemblée générale autorisée, un rassemblement devant l'établissement en respectant la voie publique, eux, sont possibles.
  • Les indépendants, commerçants, artisans n'ont pas besoin de droit de grève : ils sont libres de fermer leur activité un jour donné, en respectant leurs engagements contractuels.
En pratique
  • Vérifiez s'il existe un préavis ou un appel couvrant votre secteur à la date voulue : c'est ce qui sécurise un arrêt isolé.
  • Gardez une trace écrite des revendications connues de l'employeur — un tract syndical, un courriel collectif suffit.
  • Contrôlez votre bulletin de salaire le mois suivant : la retenue doit correspondre au temps d'arrêt, ni plus ni moins.
  • En cas de sanction, un syndicat ou l'inspection du travail vous orientera ; le conseil de prud'hommes est compétent.

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Le boycott et la grève de la consommation

Personne ne peut vous obliger à acheter. C'est la forme de blocage la plus accessible, et la plus légale.

Ce que chacun peut faire

  • Ne rien acheter un jour donné, ou reporter ses achats. Faire ses courses la veille.
  • Choisir où l'on achète : commerce indépendant, marché, producteur, plutôt que l'enseigne visée.
  • Suspendre un abonnement ou un service, en respectant les conditions de résiliation du contrat.
  • Changer de banque : depuis 2017, la mobilité bancaire est gratuite et c'est la nouvelle banque qui transfère prélèvements et virements à votre place. Un formulaire, quelques semaines.

Appeler au boycott

Appeler publiquement au boycott d'une entreprise ou d'un produit relève de la liberté d'expression. La Cour européenne des droits de l'homme l'a rappelé à la France dans l'arrêt Baldassi et autres c. France du 11 juin 2020, qui a jugé contraire à l'article 10 de la Convention la condamnation de militants pour un appel au boycott.

Les deux limites
  • Pas de discrimination. Un appel qui vise des personnes en raison de leur origine, de leur nationalité, de leur religion ou de leur sexe peut constituer une provocation à la discrimination (loi du 29 juillet 1881, art. 24). Visez une entreprise pour ce qu'elle fait, jamais des gens pour ce qu'ils sont.
  • Des faits exacts. Affirmer des faits faux sur une entreprise pour la discréditer engage la responsabilité civile de son auteur (dénigrement), et parfois pénale (diffamation). Citez vos sources.

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La journée morte : tout arrêter le même jour

L'addition des deux précédents : ce jour-là, on ne travaille pas et on n'achète pas.

C'est le levier le plus fort à la portée de tous, et il ne demande aucune infraction. Chacun y participe selon sa situation :

Votre situationCe que vous pouvez faire légalement
Salarié du privéFaire grève si un appel ou des revendications professionnelles couvrent la journée ; sinon, poser un jour de congé ou de RTT dans les délais habituels.
Agent publicFaire grève s'il existe un préavis couvrant votre service ; sinon, poser un congé.
Indépendant, commerçantFermer, en prévenant clients et fournisseurs, et en respectant vos engagements.
Étudiant, lycéenPas de droit de grève : votre levier est la consommation, et le rassemblement déclaré hors temps scolaire.
Retraité, sans emploiNe rien acheter, participer aux rassemblements déclarés, aider à la logistique et à la garde d'enfants.
Tout le mondeZéro achat, zéro paiement par carte non indispensable, courses faites la veille.
Les enfants et l'école

L'instruction est obligatoire. Garder un enfant à la maison est une absence que l'établissement enregistre ; au-delà de quatre demi-journées non justifiées dans le mois, il doit la signaler. Prévoir de garder ses enfants un jour de grève des enseignants, c'est différent : c'est l'école qui ne les accueille pas.


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Se rassembler et manifester dans les règles

La seule façon légale d'occuper la chaussée, c'est la manifestation déclarée.

  • Déclaration en mairie, ou en préfecture à Paris et dans certaines communes, trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date (code de la sécurité intérieure, art. L211-1 et L211-2). Elle est signée par trois organisateurs domiciliés dans le département, et indique le but, la date, l'heure et l'itinéraire.
  • La préfecture peut proposer un autre parcours, ou interdire s'il existe un risque sérieux de trouble à l'ordre public. Un arrêté d'interdiction peut être contesté en référé-liberté devant le tribunal administratif, qui statue en 48 heures.
  • Les rassemblements statiques sur une place ou un trottoir, sans gêner la circulation, relèvent du même régime de déclaration dès lors qu'ils se tiennent sur la voie publique.
  • Participer à une manifestation déclarée n'expose à rien. Rester après une sommation de dispersion, si.
Le bruit

Un concert de casseroles, un mégaphone, une fanfare : en journée, dans le cadre d'un rassemblement, c'est l'expression d'une opinion. La nuit, c'est du tapage nocturne (code pénal, art. R623-2), puni d'une amende.

Vous allez manifester ?Lisez l'autre guide : équipement, gaz lacrymogène, premiers secours, droits en garde à vue.

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Faire savoir : affiches, pétitions, élus

Afficher

Chaque commune doit mettre à disposition des panneaux d'affichage libre pour l'expression d'opinions et les associations (code de l'environnement, art. L581-13). C'est là, et sur votre propre fenêtre ou balcon, que l'affichage est permis. Ailleurs — murs, mobilier urbain, poteaux — c'est de l'affichage sauvage, sanctionné, et l'organisation dont l'affiche porte le nom peut être poursuivie. Votre règlement de copropriété peut aussi encadrer les banderoles en façade.

Pétitionner

  • Assemblée nationale et Sénat disposent chacun d'une plateforme officielle de pétitions ; au-delà d'un certain nombre de signatures, le texte peut être examiné ou débattu.
  • Le référendum d'initiative partagée (Constitution, art. 11) : une proposition de loi soutenue par un cinquième des parlementaires et un dixième des électeurs inscrits.
  • L'initiative citoyenne européenne : un million de signatures dans au moins sept États membres obligent la Commission à répondre.

Interpeller

Écrire à son député, à son sénateur, à son maire ; demander un rendez-vous de permanence ; assister aux conseils municipaux, qui sont publics. C'est lent, mais c'est enregistré, et un élu qui reçoit cent courriers identiques en tient compte.


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S'organiser : tenir dans la durée

Un arrêt qui dure se gagne sur la logistique : l'argent, le confort, la communication.

La caisse de grève

Un jour de grève, c'est un jour de salaire en moins. Les caisses de solidarité, souvent tenues par les syndicats ou des associations, collectent des dons pour compenser une partie des pertes. Elles sont légales. Si vous en créez une, adossez-la à une structure existante — association déclarée ou syndicat — et tenez une comptabilité lisible : un registre des entrées et des versements, consultable par les donateurs.

Pour la caisse

En magasin : une boîte transparente et un carnet à souches se trouvent en papeterie ou en grande surface. Une boîte à chaussures fermée fait aussi l'affaire.

Ou en ligne, si c'est plus simple :

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Le rassemblement qui dure

Un piquet de grève devant l'entreprise est licite tant qu'il laisse passer ceux qui veulent travailler : on informe, on distribue des tracts, on ne filtre pas. Un rassemblement déclaré sur une place peut durer toute une journée. Dans les deux cas, ce qui fait tenir, ce sont des choses banales : s'asseoir, boire chaud, rester au sec.

Pour tenir des heures dehors

En magasin d'abord : Decathlon, Intersport ou une grande surface pour les chaises pliantes, la bouteille isotherme et le poncho ; la pharmacie pour la couverture de survie. Ce que vous avez déjà pour le camping fait l'affaire.

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Se faire entendre et s'organiser sur place

Un rassemblement déclaré a intérêt à avoir un service d'ordre identifiable : quelques personnes en gilet ou brassard, qui orientent, gardent le cortège sur le parcours déclaré, et font le lien avec les forces de l'ordre. Les talkies-walkies PMR446 s'utilisent en Europe sans licence ; le téléphone reste le plus simple tant que le réseau tient.

Pour le service d'ordre et la sono

En magasin d'abord : gilets haute visibilité en magasin de bricolage (Leroy Merlin, Castorama, Brico Dépôt) ou en station-service ; porte-voix et talkies-walkies en magasin d'électronique ou de sport.

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Banderoles et pancartes

Un drap peint fait une banderole ; un carton fait une pancarte. Évitez les manches rigides et les tiges métalliques : dans un cortège, un objet susceptible de blesser peut être regardé comme une arme par destination. Des poignées en tissu ou en carton plié suffisent.

Pour fabriquer

En magasin d'abord : un vieux drap fait parfaitement l'affaire. Sinon, mercerie ou magasin de loisirs créatifs pour la toile et la peinture textile ; papeterie pour le carton plume.

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Connaître ses droits

Le site Légifrance et les fiches de service-public.fr sont gratuits et à jour. Les unions locales syndicales et l'inspection du travail répondent aussi aux questions, sans frais.


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Questions fréquentes

Peut-on être licencié pour avoir fait grève ?

Non, sauf faute lourde commise pendant la grève — violences, dégradations, entrave au travail des non-grévistes. Un licenciement motivé par la seule participation à une grève licite est nul (code du travail, art. L2511-1).

Faut-il être syndiqué, ou qu'un syndicat appelle, pour faire grève ?

Dans le privé, non : un arrêt collectif sur des revendications professionnelles suffit. Dans les services publics, oui : un préavis doit avoir été déposé par un syndicat représentatif, mais vous n'avez pas à en être membre.

Bloquer une route, c'est légal si on est nombreux ?

Non. L'entrave à la circulation est punie de deux ans d'emprisonnement et 4 500 € d'amende (code de la route, art. L412-1), et chaque participant répond de sa propre présence. Seule une manifestation déclarée, sur le parcours accepté, occupe légalement la chaussée.

Un appel au boycott est-il légal ?

Oui, c'est une opinion protégée par la liberté d'expression, à condition de ne pas viser des personnes en raison de leur origine, nationalité, religion ou sexe, et de s'appuyer sur des faits exacts.

Les lycéens et les étudiants peuvent-ils « bloquer » leur établissement ?

Non. Ils n'ont pas de droit de grève, et bloquer ou occuper un établissement scolaire est un délit (code pénal, art. 431-22). Ils peuvent se réunir, voter en assemblée générale lorsqu'elle est autorisée, et participer à des rassemblements déclarés.

Un piquet de grève, c'est légal ?

Oui, tant qu'il informe sans empêcher. Dès qu'il filtre les entrées ou bloque les non-grévistes, il devient une entrave à la liberté du travail (code pénal, art. 431-1) et une faute lourde possible.

Combien coûte un jour de grève ?

Dans le privé, la retenue est proportionnelle au temps d'arrêt. Dans la fonction publique d'État, un trentième du traitement mensuel par jour, même pour une heure d'arrêt. Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière, la retenue est proportionnelle.


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