Se préparer la veille d'une manifestation
Le corps
- Mangez et dormez. Un malaise vagal dans une foule dense est un risque réel et fréquent, indépendamment de tout le reste. Ne partez pas à jeun.
- Pas de lentilles de contact. Jamais. Une lentille piège les particules irritantes contre la cornée et transforme une gêne de dix minutes en lésion. Lunettes de vue, ou rien.
- Pas de crème, pas d'huile, pas de maquillage, pas de crème solaire grasse sur le visage ou les mains. Les corps gras fixent les particules sur la peau et prolongent l'exposition. Peau propre et sèche.
- Cheveux longs attachés, pas de boucles d'oreilles pendantes, pas d'écharpe qui traîne, pas de piercing qui accroche.
- Vos médicaments. Asthmatique : votre bronchodilatateur sur vous, pas dans le sac de quelqu'un d'autre. Épileptique, diabétique, cardiaque, sous traitement : dites-le à la personne qui vous accompagne et gardez de quoi le gérer.
Certaines situations exposent beaucoup plus : asthme et pathologies respiratoires, grossesse, épilepsie, troubles cardiaques, jeunes enfants, personnes âgées. Les irritants respiratoires ne font pas la différence. Si vous êtes concerné, restez en périphérie, gardez une sortie identifiée, et n'y allez pas seul.
L'état d'esprit
- Dites à quelqu'un où vous allez et à quelle heure vous comptez donner signe de vie. Quelqu'un qui n'est pas sur place.
- Décidez à l'avance de votre limite. « Je pars si X ». C'est beaucoup plus difficile à décider dans le bruit et l'adrénaline qu'assis dans sa cuisine.
- Repérez le trajet sur une carte : le parcours annoncé, les rues perpendiculaires, les stations de métro, les hôpitaux et pharmacies. Prenez une capture d'écran — le réseau sature systématiquement.
La liste
Tout se trouve en grande surface, en pharmacie ou au rayon bricolage.
- Pièce d'identité
- Le numéro d'un avocat, ou celui de la permanence pénale de votre barreau — noté sur papier, pas seulement dans le téléphone
- Numéro d'un proche écrit au feutre indélébile sur l'avant-bras
- Un peu d'espèces : ticket de transport, cabine, dépannage
- Carte Vitale ou numéro de sécurité sociale
- Eau : 1,5 L minimum, en bouteille plastique souple
- Sérum physiologique — dosettes stériles, 10 unités
- Protection oculaire — quelles lunettes choisir
- Protection respiratoire — à lire avant d'acheter
- Un haut de rechange, dans un sac plastique fermé
- Compresses stériles, bandes, pansements, ciseaux à bouts ronds
- Barres de céréales, sucre rapide
- Bouchons d'oreilles — les détonations abîment l'audition durablement
- Batterie externe chargée et son câble
- Vos médicaments personnels
- Téléphone chargé à 100 %, code PIN activé, biométrie désactivée
- Carte hors ligne du quartier enregistrée
- Point de repli fixé avec le binôme, et une heure
- Une personne extérieure prévenue
En magasin, près de chez vous : compresses, bandes et pansements en pharmacie ; batterie externe et feutre indélébile en grande surface, papeterie ou bureau de tabac. Rien qui demande un magasin spécialisé.
Ou en ligne, si c'est plus simple :
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Les yeux : quelles lunettes de protection choisir
C'est l'organe le plus exposé et le seul qui ne se répare pas. Une gêne oculaire de dix minutes n'a rien à voir avec une lésion cornéenne définitive, et ce qui sépare les deux tient souvent à trente euros de matériel et à trois caractères gravés sur une monture.
Lire le marquage EN 166
En Europe, les protecteurs de l'œil relèvent de la norme EN 166. Le marquage est gravé sur la monture et sur l'oculaire. Chaque caractère correspond à un essai normalisé, avec une valeur mesurable. Une paire qui ne porte aucun marquage n'a passé aucun essai.
| Symbole | Ce qui a été testé | Valeur de l'essai |
|---|---|---|
1 | Classe optique — qualité de vision, distorsion | Classe 1 = port permanent |
3 | Liquides : gouttelettes et projections | Exige un joint fermé |
4 | Grosses particules de poussière | plus de 5 micromètres |
5 | Gaz et particules fines | moins de 5 micromètres |
S | Solidité renforcée | bille 22 mm à 5,1 m/s |
F | Impact faible énergie | bille 6 mm à 45 m/s — environ 0,9 J |
B | Impact moyenne énergie | bille 6 mm à 120 m/s — environ 6,2 J |
A | Impact haute énergie | bille 6 mm à 190 m/s — environ 15,5 J |
T | Impact validé de −5 °C à +55 °C | suffixe : BT, AT |
K / N | Anti-rayure / anti-buée | confort, pas sécurité |
La classe la plus élevée du commerce, A, correspond à un projectile de 0,86 g lancé à 190 m/s, soit environ 15 joules. C'est l'ordre de grandeur d'un éclat de meuleuse. Beaucoup d'objets qui circulent dans un espace public encombré — projectiles lancés, débris, chutes sur mobilier urbain — dépassent largement cette énergie, et aucune lunette vendue dans le commerce ne prétend les arrêter.
Une protection oculaire réduit le risque sans le supprimer, et elle ne remplace pas la distance. L'effet est connu et mesuré : équipé, on s'autorise à s'approcher plus qu'on ne l'aurait fait sans rien.
Les options, et ce qu'elles valent réellement
Lunettes-masque EN 166 3 B
Joint intégral fermé, ventilation indirecte à chicanes, oculaire polycarbonate épais. C'est le seul article grand public qui combine étanchéité aux projections et résistance mécanique sérieuse.
Rayon chantier ou laboratoire, 15 à 40 €. Exigez le 3 et le B : beaucoup de modèles bon marché sont marqués 3 F seulement, ce qui divise par sept l'énergie admissible.
Masque de ski EN 174
Excellente couverture, confort supérieur, double écran qui résiste bien à la buée, versions compatibles avec des lunettes de vue (mention « OTG »). La norme EN 174 impose un essai d'impact, mais moins sévère que le B de l'EN 166.
Le joint mousse est bon contre le vent et médiocre contre les aérosols : la mousse absorbe puis relargue. Solution correcte si vous en avez déjà un chez vous.
Étanchéité partielleConfortCompatible vueÉcran facial EN 166 B
Protège l'ensemble du visage, y compris la mâchoire et les dents. Se porte par-dessus des lunettes-masque, jamais à la place : un écran facial n'est pas étanche, l'air circule librement par en dessous.
Encombrant, se raye vite, réduit la vision périphérique et gêne l'audition. À réserver à une raison précise.
Pas étancheCouvre le visageEncombrantLunettes de piscine
Le joint silicone est réellement étanche — c'est leur seul avantage, mais il est réel. En revanche l'oculaire est fin, souple, se raye en dix minutes, s'embue en continu et n'a passé aucun essai d'impact.
Champ de vision très réduit, ce qui est en soi un risque quand on doit voir où l'on met les pieds. À n'utiliser que faute de mieux.
Étanchéité ouiAucune résistanceBuée permanenteVos lunettes de vue, seules
Elles ne constituent pas une protection. Les branches laissent tout passer par les côtés, les verres organiques standard n'ont aucune classe d'impact certifiée, et une monture arrachée devient elle-même une source de blessure au visage. Deux solutions : un modèle OTG porté par-dessus, ou des lunettes-masque à correction intégrée. Si vous êtes fortement myope, partez du principe que vous ne retrouverez rien au sol dans une foule — gardez une paire de secours chez vous, et n'y allez pas seul.
En magasin, près de chez vous : c'est un article de bricolage courant. Leroy Merlin, Castorama, Brico Dépôt, Bricomarché, rayon protection individuelle — comptez 15 à 40 €. Les masques de ski sont chez Decathlon ou en magasin de sport. Sur place, retournez la monture et cherchez le marquage gravé : c'est la seule chose à vérifier.
Ou en ligne, si c'est plus simple :
- Lunettes-masque EN 166 3 B
- Modèle OTG, par-dessus les lunettes de vue
- Masque de ski EN 174
- Spray anti-buée
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Trois détails pratiques
- L'anti-buée. Une paire embuée finit systématiquement relevée sur le front, donc inutile. Traitement
N, spray dédié, ou à défaut une goutte de liquide vaisselle étalée puis essuyée à sec sur la face interne, la veille. - La sangle passe par-dessus capuche, bonnet ou casquette — jamais dessous, sinon l'ensemble part au premier mouvement brusque.
- Essayez-les chez vous en marchant, en courant, en vous baissant, avec votre sac. Une paire inconfortable finit enlevée au bout de vingt minutes.
Respirer : masques et voies respiratoires
Les composés irritants employés en espace public sont, malgré leur nom courant, des solides en suspension : de fines particules dispersées par un aérosol, pas un gaz. C'est cette nature particulaire qui détermine quel filtre sert à quelque chose.
En France, l'article 431-9-1 du code pénal punit d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende le fait, « au sein ou aux abords immédiats d'une manifestation sur la voie publique », de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime, lorsque des troubles à l'ordre public sont commis ou risquent de l'être. L'article R645-14 prévoit par ailleurs une contravention de 5e classe.
Un masque respiratoire intégral ou un demi-masque à cartouches vous expose à une poursuite pénale, indépendamment de votre comportement. La notion de « motif légitime » est appréciée souverainement par le juge, et la jurisprudence s'est montrée restrictive. Un masque chirurgical ou FFP2 porté pour un motif sanitaire ordinaire est dans une situation très différente. Ce document ne vous conseille pas d'enfreindre la loi.
FFP2 / FFP3 — norme EN 149
Conçus pour arrêter les particules fines, donc partiellement efficaces contre des irritants particulaires. Le FFP3 filtre 99 % des aérosols, le FFP2 environ 94 %.
Limites réelles : saturation rapide, humidification, et étanchéité au visage médiocre dès qu'on bouge ou qu'on porte la barbe. Emportez-en plusieurs, ils sont à usage unique. C'est l'option la plus simple juridiquement.
Efficacité partielleStatut clairSaturation rapideDemi-masque à cartouches — EN 140 + EN 143 + EN 14387
Nettement plus efficace : joint silicone étanche au visage, filtres P3 pour les particules (EN 143), cartouches ABEK pour les gaz et vapeurs (EN 14387 : A vapeurs organiques, B gaz inorganiques, E gaz acides, K ammoniac). Réutilisable, filtres remplaçables.
Mais il couvre le bas du visage et tombe donc directement sous le coup de l'article cité ci-dessus. Il gêne aussi la parole, ce qui complique la communication avec votre groupe.
EfficaceRisque pénal élevéGêne la paroleEn magasin, près de chez vous : pharmacie ou grande surface pour les FFP2, rayon bricolage pour les FFP3. Vous en avez peut-être déjà un paquet chez vous.
Ou en ligne, si c'est plus simple :
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- Le foulard mouillé. Il retient une fraction des grosses particules et donne surtout un faux sentiment de sécurité. Mieux que rien dans l'urgence, très loin d'une protection.
- Le jus de citron, le vinaigre, le bicarbonate imbibés dans un tissu. Aucune donnée ne soutient ces recettes, et le vinaigre inhalé est lui-même irritant pour les voies respiratoires.
- Retenir sa respiration. Provoque une reprise inspiratoire profonde qui fait entrer davantage de particules. Respirez calmement, par petites inspirations, et déplacez-vous.
La mesure la plus efficace pour les voies respiratoires reste géographique : s'éloigner, remonter le vent, prendre de la hauteur. Les particules sont plus denses que l'air et stagnent au sol, dans les cuvettes, les passages souterrains et les cours fermées. Ne vous abritez jamais dans un espace clos ou en contrebas.
Le corps : vêtements, chaussures et équipement
Rester debout plusieurs heures, dans une foule dense, en mouvement, parfois en courant, sur un sol jonché de débris. La plupart des blessures réelles ne sont pas spectaculaires : entorses, chutes, écrasements, hypothermie, déshydratation. Ci-dessous, de la tête aux pieds.
La tête et les oreilles
Un casque de vélo est un objet parfaitement banal, dont la détention est légale et l'usage explicable. Il protège efficacement des chutes, qui sont la cause la plus fréquente de traumatisme crânien dans une foule en mouvement. Un casque de chantier fait le même travail. En revanche, un casque de type militaire ou une protection corporelle rigide seront lus comme une préparation à l'affrontement, avec les conséquences judiciaires que cela implique.
Les détonations en espace confiné produisent des niveaux sonores capables de provoquer des acouphènes définitifs ou une perte auditive partielle. Une paire de bouchons d'oreille en mousse coûte moins d'un euro et se retrouve rarement dans les sacs. Préférez un modèle qui atténue sans isoler complètement : vous devez continuer à entendre votre entourage.
En magasin, près de chez vous : Decathlon ou n'importe quel magasin de vélo pour le casque ; les bouchons d'oreille sont en pharmacie pour moins d'un euro. Un casque que vous possédez déjà fait parfaitement l'affaire.
Ou en ligne, si c'est plus simple :
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Les vêtements
Fibres naturelles. Coton, lin, laine. Les synthétiques fondent au contact d'une source de chaleur et collent à la peau, transformant une brûlure superficielle en brûlure profonde.
Couvrez toute la peau : manches longues, pantalon long. La peau nue est la première surface de contact des irritants, et le premier endroit qu'on abîme en tombant.
Superposez plutôt qu'une grosse couche : on régule mieux et on peut retirer un haut contaminé. Prévoyez un haut de rechange dans un sac plastique fermé.
Rien de flottant : écharpe, cordons, bretelles, capuche libre. Tout ce qui pend peut être saisi ou coincé.
Les mains
Des gants de travail simples, en cuir ou en textile enduit. Ils protègent des coupures en cas de chute au sol, du froid, et des contacts avec des surfaces contaminées.
Pas de gants renforcés de type équipement de combat : ils ne servent à rien en défense, et orientent défavorablement l'appréciation de votre situation.
En magasin, près de chez vous : Leroy Merlin, Castorama, quincaillerie ou coopérative agricole. De simples gants de manutention à quelques euros suffisent.
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Les chaussures
Fermées, lacées serré, semelle épaisse et adhérente, maintien de la cheville. Vous marcherez des kilomètres sur un sol imprévisible, jonché de débris.
Ni sandales, ni tongs, ni semelles lisses, ni chaussures neuves. Une entorse ou un pied blessé vous immobilise totalement là où il faudrait pouvoir s'éloigner.
Des chaussettes épaisses, et une paire de rechange dans le sac si le temps s'y prête.
En magasin, près de chez vous : Decathlon, Intersport, ou le fond de votre placard. C'est le poste où il ne faut surtout rien acheter de neuf la veille : prenez une paire déjà faite à vos pieds.
Ou en ligne, si c'est plus simple :
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L'eau
1,5 litre minimum, en bouteilles plastique souples : pour boire, pour rincer la peau, et pour décontaminer un vêtement.
Pas de verre, pas de métal, pas de contenant rigide : au-delà du risque de casse, un objet dur transporté dans ce contexte peut être qualifié d'arme par destination.
Pour les yeux, ajoutez une dizaine de dosettes de sérum physiologique : stériles et à usage unique, elles tiennent dans une poche et n'ajoutent aucun risque d'infection à une cornée déjà abîmée. S'il n'en reste plus, l'eau claire fait l'affaire — c'est l'ordre indiqué dans la procédure du paragraphe 07.
En magasin, près de chez vous : le sérum physiologique est en pharmacie, souvent au rayon bébé, quelques euros la boîte de dosettes. Les gourdes souples sont chez Decathlon. Une bouteille d'eau ordinaire convient aussi, du moment qu'elle est souple.
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Ce qu'on ne prend pas : objets interdits et risqués
Cette liste protège de deux risques : la blessure, et la qualification pénale qu'on n'a pas vue venir.
- Toute arme, de quelque catégorie que ce soit. L'article 431-10 du code pénal punit de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende le fait de participer à une manifestation en étant porteur d'une arme.
- Tout objet susceptible d'être qualifié d'« arme par destination ». La notion est large et s'apprécie au regard des circonstances : marteau, tournevis, clé à molette, batte, barre, cutter, chaîne, lampe torche massive, bombe lacrymogène de défense. Sans motif professionnel évident et vérifiable, ces objets se retournent contre vous.
- Tout produit inflammable ou corrosif, sous quelque prétexte que ce soit.
- Bouteilles de verre, canettes, contenants métalliques. Dans un sac, ils seront décrits comme des projectiles.
- Laser, pointeur lumineux. Blesser la rétine d'autrui, y compris par imprudence, constitue une infraction et cause des lésions irréversibles.
- Stupéfiants, alcool. Altèrent le jugement, dégradent la perception du danger, et ajoutent une infraction distincte à toute interpellation.
- Les lentilles de contact. Déjà dit au paragraphe 01, et c'est la consigne la plus souvent ignorée.
- Les objets auxquels vous tenez. Bijoux, souvenirs, matériel coûteux. Partez du principe que ce que vous emportez peut être perdu, cassé, ou retenu plusieurs jours sous scellé.
- Les documents et données sensibles. Papiers professionnels, clés USB, carnets — pour vous comme pour les tiers qui y figurent.
- Un sac volumineux. Il gêne, déséquilibre, ralentit les déplacements et attire les contrôles. Un petit sac à dos porté haut, deux mains libres.
Le contenu de votre sac sera interprété. De l'eau, du sérum physiologique, des compresses et des lunettes de chantier se lisent comme l'équipement de quelqu'un qui a prévu de ne pas être blessé. Des outils, un masque intégral et des vêtements de rechange sombres se lisent autrement, quelles que soient vos intentions. Le problème n'est pas l'apparence : ce second équipement n'apporte aucune protection réelle et vous expose en plus.
Le téléphone : données, code et droit de filmer
C'est votre lien avec vos proches, votre appareil photo, votre carte — et l'objet qui contient le plus d'informations sur vous et sur les autres.
Avant de partir
- Sauvegardez. Un téléphone peut être perdu, cassé, ou placé sous scellé pendant des semaines.
- Désactivez la biométrie (empreinte, reconnaissance faciale) et activez un code à six chiffres ou plus. Raison : un doigt ou un visage peuvent être présentés à l'appareil sans votre coopération active, alors qu'un code suppose que vous le donniez.
- Nuance nécessaire : l'article 434-15-2 du code pénal réprime le refus de remettre une « convention secrète de déchiffrement », et la Cour de cassation a jugé, en assemblée plénière le 7 novembre 2022, que le code de déverrouillage d'un téléphone en relève lorsque l'appareil a servi ou pu servir à commettre une infraction. Le sujet est juridiquement disputé : si la question se pose concrètement, c'est à un avocat d'y répondre, pas à un site web.
- Chargez à 100 % et emportez une batterie externe. Le froid et la recherche de réseau vident un téléphone en quelques heures.
- Carte hors ligne enregistrée. Le réseau sature systématiquement dès qu'il y a du monde.
- Messagerie chiffrée avec messages éphémères pour la coordination de votre groupe.
Le numéro sur le bras
Écrivez au feutre indélébile, sur votre avant-bras, deux numéros.
Le premier : une personne de confiance qui reste chez elle. Elle doit savoir que vous êtes sorti, à quelle heure vous comptiez rentrer, et quoi faire si vous ne donnez pas signe de vie.
Le second : un avocat. Si vous n'en connaissez aucun, notez celui de la permanence pénale de votre barreau : chaque barreau en tient une, joignable y compris la nuit et le week-end. L'annuaire officiel du Conseil national des barreaux, sur avocat.fr, les recense tous — cherchez le barreau de la ville où vous vous rendez, pas celui de votre domicile, car c'est là que vous seriez présenté. Les organisateurs annoncent aussi fréquemment un numéro d'assistance juridique propre à l'événement : vérifiez-le à la source, pas sur une capture d'écran qui circule.
Notez-les avant de sortir : dans la quasi-totalité des situations où vous auriez besoin de ces numéros, vous n'aurez pas accès à votre téléphone — éteint, cassé, hors de portée ou sous scellé.
En France, filmer et photographier des agents publics dans l'exercice de leurs fonctions sur la voie publique est licite. Le Conseil constitutionnel a censuré, par sa décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021, la disposition connue comme l'« article 24 » — devenue l'article 52 du texte promulgué — de la loi dite « sécurité globale », qui entendait restreindre la diffusion de telles images. Aucune disposition n'oblige à cesser de filmer ni à effacer des images, et une demande d'effacement formulée sur place n'a pas de fondement légal.
Deux limites à connaître tout de même : la diffusion d'images dans le but malveillant d'identifier un agent afin de lui nuire, ou de nuire à sa famille, est réprimée par l'article 223-1-1 du code pénal. Et publier le visage de manifestants sans leur accord peut leur causer un tort réel : floutez les visages avant toute diffusion.
Sur place : se repérer et gérer la foule
Presque tout se joue sur trois réflexes : savoir où l'on est, ne pas être seul, savoir par où sortir.
Le binôme
Ne venez pas seul. À deux, mettez-vous d'accord sur ces quatre points avant de partir :
- Vous ne vous perdez pas de vue. Si l'un s'arrête, l'autre s'arrête.
- Vous fixez avant de partir un point de repli à l'écart du parcours, avec une heure. Puis un second, au cas où le premier serait inaccessible.
- Vous connaissez tous les deux : l'état de santé de l'autre, ses traitements, ses allergies, et le numéro de la personne restée chez elle.
- Un signal simple et convenu qui veut dire « on part maintenant », sans discussion.
Lire l'espace
- Restez en périphérie au moindre doute : sur les bords du cortège, près des rues transversales. Le centre d'une foule dense est l'endroit d'où il est le plus difficile de sortir.
- Identifiez vos sorties en continu. À tout instant, vous devriez pouvoir dire par où vous partiriez. Rues perpendiculaires, porches, commerces ouverts.
- Méfiez-vous des culs-de-sac : impasses, ponts, parkings souterrains, quais, cours fermées. Une rue qui ne débouche nulle part est un piège, y compris lors d'un simple mouvement de panique.
- Évitez les zones basses et confinées, où les particules irritantes stagnent.
- Ne montez pas sur le mobilier urbain, les abribus, les statues, les échafaudages. Les chutes de hauteur sont une cause majeure de blessure grave.
Les mouvements de foule
Une compression de foule tue par asphyxie, debout, sans que personne n'ait voulu de mal à quiconque.
- Restez debout à tout prix. Tomber est le principal facteur de mortalité. Si vous tombez, mettez-vous en boule sur le côté, protégez votre tête, relevez-vous dès que possible.
- Bras repliés devant le thorax, comme un boxeur en garde. Cela préserve quelques centimètres pour la cage thoracique et vous permet de continuer à respirer.
- Ne luttez pas contre le flux. Déplacez-vous en diagonale, progressivement, en profitant des creux de pression.
- Ne vous baissez jamais pour ramasser quelque chose, quel qu'il soit.
- Si la densité devient telle que vous ne choisissez plus votre direction, il est déjà trop tard pour sortir par vous-même. Partez avant d'en arriver là.
La conduite générale
- Restez calme et parlez calmement : dans un groupe, l'agitation est contagieuse.
- Ne courez pas sans savoir pourquoi. Une course collective déclenchée par rien fait plus de blessés que la cause initiale. Marchez vite, regardez où vous mettez les pieds.
- Ne relayez pas les rumeurs. Dites ce que vous avez vu, pas ce qu'on vous a rapporté.
- Ne restez pas près de ce qui dégénère. La proximité physique avec des faits de violence vous expose à la fois à des blessures et à une interpellation, y compris si vous n'y avez pris aucune part.
- Écoutez les sommations. Elles ont des conséquences juridiques précises, détaillées au paragraphe 10.
Gaz lacrymogène : que faire en cas d'exposition
Ce que vous ressentirez : brûlure intense des yeux, larmoiement incontrôlable, nez qui coule, toux, brûlure de la peau exposée, sensation d'étouffement, et une réaction de panique parfaitement normale. Chez un adulte en bonne santé et à l'air libre, les symptômes régressent généralement en vingt à quarante-cinq minutes.
- Éloignez-vous. Remontez le vent, prenez de la hauteur, sortez de tout espace fermé ou en contrebas. Rien de ce qui suit ne fonctionne si vous restez dans le nuage.
- Ne frottez pas, même si c'est le premier réflexe : frotter incruste les particules dans la cornée et étale le produit sur la peau.
- Respirez calmement, par petites inspirations. Ne bloquez pas votre respiration.
- Ouvrez grand les yeux face au vent et laissez couler les larmes : elles rincent l'œil d'elles-mêmes.
- Rincez les yeux abondamment au sérum physiologique stérile, à défaut à l'eau claire. Tête inclinée du côté de l'œil atteint, rinçage du coin interne vers le coin externe, pour que le liquide contaminé ne coule pas dans l'autre œil. Répétez. Retirez et jetez toute lentille de contact.
- Peau : eau froide ou tempérée, en abondance, sans frotter. Le savon seulement après un premier rinçage complet.
- Pas de lait. Tradition tenace, aucune supériorité démontrée sur l'eau, et un produit non stérile dans un œil lésé ajoute un risque infectieux.
- Pas d'eau chaude, pas de douche chaude dans les premières heures. La chaleur dilate les pores et réactive la sensation de brûlure. Commencez froid ou tiède.
- Pas de crème, pas d'huile, pas de corps gras sur la peau exposée : ils fixent les particules au lieu de les évacuer.
- Ne ramassez jamais un engin au sol. Les corps métalliques atteignent plusieurs centaines de degrés et provoquent des brûlures profondes immédiates. Et manipuler ou renvoyer un tel objet vous fait basculer du statut de personne exposée à celui d'auteur d'une infraction. Éloignez-vous.
- Ne gardez pas vos vêtements contaminés. Ils continuent à relarguer pendant des heures. Retirez la couche extérieure, enfermez-la dans un sac plastique, changez de haut.
En rentrant chez vous
- Retirez vos vêtements avant d'entrer, ou dans l'entrée, dans un sac fermé. Ne les jetez pas sur le canapé : vous contamineriez votre logement et vos proches.
- Douche froide ou tiède d'abord, longue. Lavez les cheveux en dernier, penché en avant, pour que le rinçage ne redescende pas sur le visage et les yeux.
- Lavez les vêtements séparément, deux cycles, à part du reste du linge.
- Rincez les lunettes-masque à grande eau, laissez sécher à l'air libre.
- Douleur oculaire persistante au-delà d'une heure, vision floue, sensation de corps étranger qui ne passe pas, photophobie.
- Difficulté respiratoire, sifflement, oppression thoracique qui persiste à l'air libre.
- Crise d'asthme qui ne cède pas au traitement habituel — appelez le 15.
- Cloques, peau qui se décolle, brûlure qui s'étend.
- Exposition en espace clos, ou exposition d'un enfant, d'une personne âgée, d'une femme enceinte, d'une personne souffrant d'insuffisance respiratoire ou cardiaque.
Premiers secours : les gestes qui comptent
Ce paragraphe ne remplace pas une formation. Le PSC1 dure une journée et coûte une soixantaine d'euros.
Protéger d'abord. Ne devenez pas la deuxième victime : évaluez le danger avant de vous approcher. Alerter ensuite — en donnant une adresse exacte : numéro de rue, angle, nom de commerce, station. Secourir enfin, dans la limite de ce que vous savez faire.
Situations fréquentes
| Situation | Ce que vous faites |
|---|---|
| Saignement abondant | Compression directe et continue sur la plaie, avec un tissu propre, à main gantée si possible. Ne relâchez pas pour regarder. Allongez la personne. Appelez le 15. |
| Choc à la tête | Ne déplacez pas la personne. Surveillez la conscience et parlez-lui. Perte de connaissance, vomissements, confusion, pupilles inégales : urgence absolue, 15. |
| Inconsciente mais respire | Position latérale de sécurité, puis 15. Surveillez la respiration en continu. |
| Suspicion de fracture | Immobilisez sans réduire, ne faites pas marcher. Suspicion d'atteinte du dos ou du cou : ne mobilisez pas du tout, sauf danger vital immédiat. |
| Malaise, vertiges | Allongez, jambes surélevées, desserrez le col. À l'écart de la foule, à l'ombre ou à l'abri. Du sucre si la personne est consciente et peut déglutir. |
| Brûlure | Eau tempérée (15 à 25 °C), 15 minutes minimum. Surveillez les frissons — le refroidissement prolongé expose à l'hypothermie, surtout chez l'enfant ou sur une grande surface : arrêtez-le s'ils apparaissent. Ne percez aucune cloque, ne retirez pas un tissu collé à la peau, ne mettez ni crème ni corps gras. |
| Crise d'asthme | Assise, penchée en avant, bras en appui. Son bronchodilatateur. Air libre. Pas d'amélioration en quelques minutes : 15. |
L'article 223-6 du code pénal punit de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende l'abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril, lorsqu'on pouvait le faire sans risque pour soi ou pour autrui. Porter secours est une obligation légale.
Symétriquement, l'accès des secours à une personne blessée ne doit être entravé par personne. Si vous assistez quelqu'un, signalez-vous clairement, montrez vos mains ouvertes, dites à voix haute ce que vous faites, et demandez qu'un passage soit dégagé.
Le cadre juridique : vos droits et les interdits
Dans les deux sens : ce que la loi vous garantit, et ce qu'elle vous interdit.
Ce qui est garanti
- Manifester est un droit. Le Conseil constitutionnel reconnaît le « droit d'expression collective des idées et des opinions » comme un droit de valeur constitutionnelle (décision n° 94-352 DC du 18 janvier 1995). L'article 11 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit la liberté de réunion pacifique.
- Vous n'avez pas à justifier votre présence dans un lieu public, ni à expliquer vos opinions.
- Filmer les agents publics en service sur la voie publique est licite (voir paragraphe 06).
- La déclaration préalable (art. L211-1 du code de la sécurité intérieure ; le délai de 3 à 15 jours francs figure à l'art. L211-2) pèse sur les organisateurs. Participer à un rassemblement non déclaré n'est pas, en soi, une infraction pour le participant.
- Un arrêté d'interdiction est un acte administratif : il peut être contesté devant le juge administratif, y compris en référé-liberté, jugé sous 48 heures.
Ce qui est interdit
| Texte | Fait réprimé | Peine encourue |
|---|---|---|
431-9-1 CP | Dissimuler son visage sans motif légitime, au sein ou aux abords immédiats d'une manifestation, quand des troubles sont commis ou risquent de l'être | 1 an — 15 000 € |
431-10 CP | Participer à une manifestation en étant porteur d'une arme | 3 ans — 45 000 € |
222-14-2 CP | Participer sciemment à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations | 1 an — 15 000 € |
431-3 / 431-4 CP | Continuer à participer à un attroupement après les sommations | 1 an — 15 000 € (3 ans si armé) |
322-1 CP | Destruction, dégradation ou détérioration de biens | 2 ans — 30 000 €, et au-delà |
433-6 et 433-7 CP | Rébellion : résistance violente à un agent de la force publique — 433-6 la définit, 433-7 la punit | 1 an — 15 000 € |
223-1-1 CP | Diffuser des éléments d'identification d'une personne dans le but de lui nuire | 3 ans — 45 000 € |
Ce document ne conseille à personne d'enfreindre ces textes. Ils sont reproduits ici parce que beaucoup de gens les découvrent en garde à vue.
Ce n'est pas une consultation juridique. Les textes sont cités dans leur état à la date de mise à jour de cette page et peuvent avoir changé depuis ; leur application à une situation précise dépend de faits que seul un avocat peut apprécier. Vérifiez sur Légifrance avant de vous en prévaloir.
Les sommations
Avant tout emploi de la force pour disperser un attroupement, l'article L211-9 du code de la sécurité intérieure impose à l'autorité d'annoncer sa présence, puis de procéder à deux sommations distinctes d'avoir à se disperser. Elles doivent être audibles — en pratique, elles ne le sont souvent pas au-delà des premiers rangs.
Conséquence concrète : à partir de la seconde sommation, rester sur place devient un délit, indépendamment de ce que vous faites par ailleurs. Si vous entendez une sommation, ou si la foule autour de vous se disperse sans que vous sachiez pourquoi, partez, calmement, sans courir, par une rue latérale.
Encerclement, contrôles, fouilles
- L'encerclement (dit « nasse ») est encadré : le Conseil d'État, par sa décision du 10 juin 2021 (n° 444849), a annulé la disposition du schéma national du maintien de l'ordre qui le prévoyait sans garanties suffisantes. Le schéma révisé impose qu'un tel dispositif soit limité dans le temps, proportionné, et qu'un point de sortie soit laissé. Si vous êtes encerclé : demandez calmement et à voix haute par où sortir, ne forcez pas le dispositif, restez groupés, et signalez immédiatement toute personne vulnérable ou en difficulté médicale.
- Le contrôle d'identité (art. 78-2 du code de procédure pénale) suppose un cadre légal précis. Vous pouvez demander, poliment, sur quel fondement il est opéré.
- La palpation de sécurité est une vérification par-dessus les vêtements. Elle se distingue de la fouille, qui relève d'un régime plus contraignant. La fouille d'un sac obéit également à des conditions particulières.
- Ne résistez jamais physiquement, même face à une mesure que vous estimez illégale. La rébellion est une infraction autonome qui transformera votre situation. La contestation se fait après, devant un juge, avec un avocat.
Interpellation et garde à vue : vos droits
Trois principes : ne pas résister, ne rien déclarer, demander un avocat et un médecin.
- Connaître l'infraction reprochée, sa date et son lieu présumés, ainsi que la durée de la mesure : 24 heures, renouvelable une fois sur autorisation du procureur.
- Faire prévenir un proche et votre employeur (art. 63-2).
- Être examiné par un médecin (art. 63-3). Demandez-le systématiquement, et particulièrement si vous êtes blessé : l'examen fait constater vos lésions par un tiers indépendant, à une date certaine.
- Être assisté d'un avocat dès le début de la mesure (art. 63-3-1), commis d'office si vous n'en connaissez aucun. Demandez-le toujours, même si l'on vous suggère que ce serait plus rapide sans.
- Garder le silence. Ce droit doit vous être notifié. Une phrase suffit : « Je souhaite exercer mon droit au silence et m'entretenir avec un avocat. » Puis vous vous y tenez. Ce n'est pas un aveu, c'est un droit.
- Un interprète si nécessaire.
- Consulter certaines pièces du dossier (art. 63-4-1), vous-même ou par votre avocat depuis le 1er juillet 2024 : le procès-verbal de notification de vos droits, le certificat médical, et les procès-verbaux de vos auditions et confrontations.
- Présenter des observations au procureur (art. 63-1) — ou au juge des libertés et de la détention s'il statue sur la prolongation — pour demander qu'il soit mis fin à la mesure. Si vous n'êtes pas présenté au magistrat, faites-les consigner au procès-verbal d'audition.
- Vous n'êtes pas obligé de signer le procès-verbal. Lisez-le intégralement avant. Vous pouvez faire consigner vos observations et vos contestations.
- Les mineurs bénéficient d'un régime protecteur renforcé : information des représentants légaux, assistance obligatoire d'un avocat, enregistrement audiovisuel des auditions.
Notez tout, dès que possible
Heure et lieu exacts de l'interpellation, circonstances, présence de témoins et leurs coordonnées, numéro RIO des agents s'il est visible, service concerné, hôpital où vous avez éventuellement été conduit. Écrivez-le le jour même : la mémoire se dégrade très vite, et un récit écrit le jour même vaut bien plus qu'un récit reconstitué trois semaines plus tard.
Après : constater ses blessures et porter plainte
Les démarches se jouent dans les premiers jours. Ce qui n'est pas constaté rapidement devient très difficile à établir ensuite.
Constater
- Consultez, même si ça semble bénin. Urgences, médecin traitant, ou unité médico-judiciaire. Décrivez précisément les circonstances et demandez qu'elles figurent au dossier.
- Exigez un certificat médical mentionnant l'ITT — l'incapacité totale de travail au sens pénal, qui n'est pas un arrêt de travail. C'est cette durée qui détermine la qualification des faits et la juridiction compétente. Un certificat sans ITT a beaucoup moins de portée.
- Photographiez vos lésions de face et de profil, avec un objet de référence pour l'échelle, et refaites-le chaque jour pendant une semaine : un hématome évolue et devient souvent plus démonstratif au troisième ou quatrième jour.
- Conservez vos vêtements non lavés dans un sac en papier, pas en plastique, et gardez l'équipement endommagé.
- Rassemblez les témoignages : coordonnées, attestations écrites datées et signées accompagnées d'une copie de pièce d'identité (formulaire Cerfa n° 11527), photos et vidéos avec leurs métadonnées intactes.
Faire valoir
- Plainte auprès du procureur de la République du tribunal judiciaire du lieu des faits, par lettre recommandée avec accusé de réception. C'est la voie la plus directe, et elle ne peut pas vous être refusée.
- Plainte en commissariat ou en gendarmerie : le dépôt ne peut légalement pas être refusé. En cas de refus, insistez, notez l'identité de l'agent, et passez par le procureur.
- Signalement à l'IGPN ou à l'IGGN, via leur plateforme de signalement en ligne.
- Défenseur des droits — autorité constitutionnelle indépendante, saisine gratuite, compétente en matière de déontologie de la sécurité : 09 69 39 00 00, ou en ligne.
- Un avocat. Consultations gratuites dans les maisons de justice et du droit et lors des permanences des barreaux. L'aide juridictionnelle existe sous conditions de ressources. Plusieurs associations orientent vers des avocats rompus à ce contentieux.
Questions fréquentes
Les réponses courtes aux questions qui reviennent le plus. Chacune renvoie au paragraphe correspondant.
Quelles lunettes choisir pour se protéger en manifestation ?
Des lunettes-masque de chantier marquées EN 166 3 B, entre 15 et 40 €. Le 3 garantit l'étanchéité aux projections liquides, le B une résistance à l'impact testée à 120 m/s. C'est le seul article grand public qui réunit les deux. Les lunettes de piscine sont étanches mais n'ont aucune résistance mécanique ; les lunettes de vue ne protègent pas. Voir le détail.
Que faire en cas d'exposition à un gaz lacrymogène ?
S'éloigner, remonter le vent, prendre de la hauteur, sortir de tout espace fermé ou en contrebas. Ne pas frotter. Respirer calmement par petites inspirations. Rincer les yeux abondamment au sérum physiologique, du coin interne vers l'extérieur. Peau : eau froide en abondance. Les symptômes régressent généralement en 20 à 45 minutes à l'air libre. Voir la procédure complète.
Le lait est-il efficace contre les gaz lacrymogènes ?
Non. Aucune supériorité sur l'eau n'a été démontrée, et un produit non stérile dans un œil lésé ajoute un risque infectieux. L'eau claire ou le sérum physiologique restent la référence. Évitez aussi les corps gras, qui fixent les particules sur la peau au lieu de les évacuer.
A-t-on le droit de porter un masque en manifestation ?
L'article 431-9-1 du code pénal punit d'un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende la dissimulation volontaire du visage sans motif légitime, au sein ou aux abords immédiats d'une manifestation, lorsque des troubles sont commis ou risquent de l'être. Un demi-masque à cartouches vous y expose. Un masque chirurgical ou FFP2 porté pour un motif sanitaire ordinaire est dans une situation très différente. Voir la note juridique.
A-t-on le droit de filmer la police ?
Oui. Filmer et photographier des agents publics dans l'exercice de leurs fonctions sur la voie publique est licite. Le Conseil constitutionnel a censuré la disposition connue comme l'« article 24 », devenue l'article 52 de la loi dite « sécurité globale », par sa décision n° 2021-817 DC du 20 mai 2021. Aucune disposition n'oblige à cesser de filmer ni à effacer des images. Floutez en revanche les visages des manifestants avant toute diffusion. Voir le détail.
Quels sont mes droits en garde à vue ?
Connaître l'infraction reprochée, faire prévenir un proche et votre employeur, être examiné par un médecin, être assisté d'un avocat dès le début de la mesure, garder le silence, disposer d'un interprète, consulter certaines pièces du dossier (art. 63-4-1), présenter des observations au procureur ou au juge des libertés et de la détention s'il statue sur une prolongation. Demandez systématiquement le médecin et l'avocat. Vous n'êtes pas obligé de signer le procès-verbal. Voir les articles 63-1 et suivants.
Que faut-il mettre dans son sac ?
1,5 L d'eau en bouteille plastique souple, des dosettes de sérum physiologique, une protection oculaire, un haut de rechange en sac fermé, des compresses et des bandes, des bouchons d'oreilles, une batterie externe, vos médicaments. Et sur vous : une pièce d'identité et le numéro d'un avocat. Voir la liste complète.
Quels objets ne faut-il surtout pas emporter ?
Toute arme, y compris par destination — marteau, tournevis, cutter, bombe lacrymogène de défense : l'article 431-10 du code pénal prévoit 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. Ni bouteilles de verre, ni laser, ni produit inflammable, ni stupéfiants. Et pas de lentilles de contact, qui piègent les particules contre la cornée. Voir la liste.
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Proche resté chez lui — au feutre sur l'avant-bras : ________________________
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- Manger, dormir, prévenir quelqu'un de l'extérieur
- Pas de lentilles, pas de crème, pas de maquillage
- Coton et manches longues, chaussures fermées lacées
- Eau 1,5 L + sérum physiologique + lunettes-masque
- Téléphone chargé, code PIN, biométrie coupée
- Point de repli et heure fixés avec le binôme
- Ne jamais être seul — si l'un s'arrête, l'autre s'arrête
- Savoir à tout instant par où l'on sortirait
- Rester en périphérie ; éviter impasses, ponts, souterrains
- Foule dense : rester debout, bras devant le thorax, jamais se baisser
- Ne pas courir sans savoir pourquoi
- Sommations entendues : partir calmement, par une rue latérale
- S'éloigner de tout ce qui dégénère
- S'éloigner, remonter le vent, prendre de la hauteur
- Ne pas frotter — respirer calmement, laisser couler les larmes
- Rincer au sérum physiologique, du coin interne vers l'extérieur
- Peau : eau froide en abondance. Ni lait, ni corps gras, ni eau chaude
- Ne jamais ramasser un engin au sol
- Retirer et ensacher le vêtement contaminé
- Ne pas résister physiquement, quoi qu'il arrive
- « Je souhaite exercer mon droit au silence et m'entretenir avec un avocat. »
- Demander un médecin — systématiquement, surtout si blessé
- Faire prévenir un proche — et appeler l'avocat noté sur le bras
- Ne pas signer un procès-verbal sans l'avoir lu
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